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Être musulmane à New York @ Femme Magazine par Anne Sengès .............
Islam, religion de paix Puisque son père a désormais les moyens de payer les 4000 dollars annuels de sa scolarité, elle fréquente lune des six écoles islamiques de New York. "Je préfère ça à lécole publique, avoue-t-elle. Jy apprends non seulement larabe mais aussi les enseignements de lislam." "Et les filles sont séparées des garçons", ajoute sa mère. Depuis le 11 septembre, Raja se sent pourtant emprisonnée : ses parents lui interdisent de sortir seule, son père et son oncle laccompagnent à lécole. Sa sur aînée, elle, a décidé de réagir. Elle sest désormais donné pour mission de convaincre les New-Yorkais que lislam est une religion qui prône la paix, et sest découvert une passion pour Rudolph Giuliani, le maire de New York, quelle considérait jusqualors comme un réactionnaire peu soucieux du sort des immigrés de la ville Comme Rabyah et Raja, les six à sept millions de musulmans qui vivent aux Etats-Unis ont vu leur vie bouleversée par les attentats. Pourtant, la plupart considèrent que les Etats-Unis surtout à New York restent lun des pays les plus accueillants pour leurs différentes communautés. "LAmérique est beaucoup plus tolérante que lEurope, et notamment la France, à légard des musulmans, explique Azizah Al Hibri, professeur de droit à luniversité de Richmond (Virginie) et fondatrice de Karamah, une organisation davocates musulmanes. Au cours des trente dernières années, toute une série de lois qui protègent les droits civils ont été promulguées. Contrairement à la France, par exemple, lAmérique ninterdit pas aux musulmanes de porter le foulard à lécole publique. 80% des Américains sont croyants, mais leurs lois sassurent simplement quune religion particulière nimpose pas ses règles aux autres." Al-Hibri met pourtant un bémol à son plaidoyer pour les valeurs de la bannière étoilée. Car, depuis les attentats, les mesures visant à interdire le racial profiling (délit de faciès) risquent dêtre compromises. "Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis nont pas hésité à enfermer dans des camps des milliers de Japonais au nom de la sécurité nationale, remarque-t-elle. Mais lAmérique daujourdhui est beaucoup plus diverse quen 1940, et donc plus tolérante." Cette tolérance, Noha El-Ghobashy cherche chaque jour à la stimuler. Cette Egyptienne de 27 ans est lune des rares femmes ingénieurs dune société high-tech, et porte le foulard. Pour elle, le moyen le plus efficace dempêcher la discrimination est déduquer les gens sur lislam. Noha a commencé à porter le foulard lorsquelle était étudiante à luniversité de Columbia. "Les réactions de mes camarades étaient diverses, raconte-t-elle. Certains pensaient que mes parents mavaient forcée, dautres me trouvaient courageuse, parfois on supposait que je portais le voile parce que jétais étrangère ou que javais honte de mes cheveux. On ma même demandé si je le gardais sous la douche !" Noha avoue avoir craint que cela ne la handicape dans sa recherche demploi. "On me demandait toujours pourquoi je le portais", dit-elle, tout en reconnaissant que si cette inquisition était illégale en Amérique les employeurs nont pas le droit de questionner leurs employés sur la religion, elle la trouvait légitime. "Je pense quils avaient peur que jessaye de convertir mes collègues. Par ailleurs, je crois quil est important dexplique ce quest lislam pour mettre fin aux préjugés." Aujourdhui, dans cet univers professionnel masculin, Noha trouve dautres vertus au foulard. "Cela partait dune bonne intention, mais je regrette le fait que les musulmans soient constamment obligés dêtre sur la défensive." Alors elle ny a pas renoncé. Elle la juste recouvert dun chapeau qui lui évite les regards malveillants. Une concession qui nentrave en rien son amour de Manhattan. "Lorsque je me balade dans les rues, dit-elle, jai limpression dêtre invisible. Je disparais dans la foule." Pleure, O pays bien aimé ! Fatana, 26 ans, implore sa mère, Jamila, de cesser de lui décrire son pays natal tel quil était avant les vingt ans de guerre civile qui lont ravagé. Afghanes, elles ont quitté leur pays il y a neuf ans et vivent dans le quartier du Queens à New York. Cest à la mosquée Hazrat-I-Abukahr Sadiq, devenue un centre dopposition farouche au régime taliban, que chaque vendredi elles pleurent leur pays. Pour Fatana et Jamila lAmérique est leur pays dadoption, mais la vie ny est pas rose. Lasile politique leur a été refusé sous prétexte que les Russes avaient quitté lAfghanistan. "Nous avons été autorisées à rester mais nous navons aucune aide." Faute de bourse, Fatana, dont le rêve était daller à lécole, a dû enchaîné des petits boulots. Aujourdhui, elle vient dobtenir sa citoyenneté et espère reprendre ses études. Mais elle reste terrorisée, car sa sur, mariée à un soldat, est toujours au pays. "Après les attentats, elle a réussi à nous téléphoner: elle et sa famille meurent de faim. Nous ne pouvons plus envoyer dargent via le Pakistan. Les intermédiaires ont trop peur de se rendre en Afghanistan," raconte-t-elle. Si Jamila est nostalgique du pays où elle a été élevée, sa fille Fatana nen a que de mauvais souvenirs: "Je ne me suis jamais amusée en Afghanistan. Jaime lAmérique, cest un symbole de la liberté". Au lendemain du 11 septembre, Jamila était en tête dun cortège de manifestants afghans dans les rues de Flushing et criait : "A mort Ben Laden ! A mort le Pakistan protaliban !" Fatana, restée à la maison, tremblait pour sa sur. |
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