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La nouvelle ruée vers l’or en Californie @ La Tribune, 29 avril 2008 par Anne Sengès ............. 170 ans après la découverte du premier gisement à l’est de Sacramento, la fièvre de l’or agite de nouveau le « Golden State ». L’envolée spectaculaire du prix de l’or n’en finit plus de susciter des vocations. Amateurs et professionnels affluent au bord des rivières en quête de pépites et de paillettes. D’autant que les matériels et les outils procurent aux nouveaux chercheurs d’or un avantage technologique énorme par rapport à leurs ancêtres qui devaient se contenter de simples batées et tamis. Les fournisseurs ont du mal à répondre à l’augmentation de la demande. Ken Rucker, le directeur de la GGPA, l’association des chercheurs d’or d’Amérique, basée à Temecula, au sud-ouest de la Californie, a du mal à dissimuler son enthousiasme : « La ruée vers l’or existe bel et bien » assure-t-il, chiffres à l’appui. La GPAA, qui compte quelque 45.000 membres répartis sur tout le territoire américain, grossit chaque jour de 100 nouveaux membres. Du jamais-vu depuis la naissance de l’association fondée en 1968 dans le but de préserver l’héritage californien. Un enthousiasme lié, selon Ken Rucker, à la situation précaire de l’économie américaine et au fait que l’once d’or ait dépassé son niveau record de 880 dollars atteint il y a vingt-huit ans. Sa valeur réelle est pourtant loin d’atteindre le niveau de janvier 1980 : l’équivalent de 2.200 dollars actuels. Les nouveaux chercheurs d’or n’en partagent pas moins les motivations des pionniers d’antan. « Nous traversons une période de crise économique aux États-Unis. Un grand nombre de nos membres ont du mal à payer leurs factures. Ils considèrent l’orpaillage comme un moyen de mettre du beurre dans les épinards si ce n’est de faire fortune », explique Ken Rucker. Tout comme leurs ancêtres les « 49ers » (les quarante-neufards), nom donné aux chercheurs d’or qui, en 1849, un an après la découverte du premier gisement, se rendirent en masse en Californie dans l’espoir d’y devenir riches. Les chercheurs d’or du XXI e siècle espèrent profiter de l’envolée du prix de l’once pour collecter tout l’or laissé par leurs ancêtres. Les statistiques alimentent cette « gold fever ». D’après les estimations de l’Institut de l’or, moins de 2 millions d’onces d’or auraient été trouvées durant la première ruée, soit seulement 5% à 10% de l’or californien. «Les géologues estiment la valeur de la seule rivière Klamath, au nord de la Californie, à 5 millions de dollars par mile » assure Dave McCracken, président du club de chercheurs d’or The New 49ers, basé à Happy Camp, lieu célèbre de la ruée vers l’or, baptisé Joyeux Camp par les mineurs du XIX e siècle, et bordé par cette rivière particulièrement riche en or mais dont le potentiel est à peine exploité. « Je suis millionnaire mais toute ma fortune est dans la rivière et ses affluents », déclare-t-il. Le club des nouveaux quarante-neufards compte à ce jour 2.000 membres qui n’hésitent pas à débourser 2.500 dollars pour devenir membres à vie et obtenir l’accès aux 65 miles (104 kilomètres) de placers (Ndlr : plages de graviers) aurifères gérés par ce club. « Je rencontre de plus en plus de gens qui songent à quitter leur travail pour se consacrer à plein- temps à la recherche d’or», raconte Dave McCracken. Auteur d’un manuel du chercheur d’or qui fait autorité en la matière, il organise un week-end sur deux, à partir du mois de juin, des stages d’initiation afin de former la nouvelle génération de 49ers. « Il y a 10 ans l’essentiel de nos membres était des retraités, plutôt aisés, qui considéraient l’orpaillage comme un loisir et souhaitaient rester actifs les mois d’été. La moyenne d’âge était de 63 ans alors qu’aujourd’hui nous voyons de plus en plus de jeunes motivés essentiellement par l’appât du gain », précise-t-il. À l’image de ces deux frères originaires de l’Utah, récemment venus à Happy Camp dans le but de s’y installer pour se consacrer à temps plein à la recherche de pépites. Les rivières bordant l’autoroute 49, qui relie les villes de Sacramento à Fresno, région connue sous le nom de Gold Belt ou ceinture d’or, sont particulièrement prisées l’été. Au point que l’accès est régulé par des permis durant la saison, qui s’étend de fin mai à octobre. Les mois d’hiver, c’est le désert de Mojave, au sud de la Californie, qui attire les chercheurs d’or. Ils aspirent les paillettes à l’aide de dry washers et de détecteurs de métaux. Outre la Californie, l’Alaska et l’Arizona ont également la faveur des amateurs de métal jaune. Harrigan McGregor est propriétaire de GoldFeverProspecting.com, un site Internet qui vend des outils aux orpailleurs débutants. Il propose essentiellement des pans, ces cuvettes qui permettent de séparer les paillettes d’or du gravier collecté dans le lit de la rivière, et des rampes de lavage appelées sluice boxes, constituées d’un canal en métal garni de moquette et tasseaux qui piègent l’or. Pour lui, les temps sont prospères. Ses ventes ont quadruplées au cours des quatre derniers mois. Il reçoit de nombreux coups de fil et courriels de gens qui cherchent non pas simplement un nouveau loisir mais bien à gagner leur vie. « Je ne vais pas jusqu‘à leur conseiller de tout plaquer pour se consacrer à l’orpaillage. Mais, s’ils sont bien équipés, avec un minimum de connaissances en la matière et qu’ils gardent les pieds sur terre, je ne peux que les encourager à tenter leur chance », assure-t-il. Harrigan McGregor n’hésite pas à comparer la situation actuelle à la grande crise des années 30 quand les Américains, désespérés, étaient prêts à tout pour gagner de l’argent. Mike Dunn, passionné d’orpaillage depuis l’âge de 7 ans, a profité de l’envolée du prix de l’or pour réaliser son rêve. À 47 ans, ce propriétaire d’une usine de chocolats a ouvert avec son épouse Gold Pan California, une boutique basée à Concord, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de San Francisco. Il vend des équipements pour chercheurs d’or confirmés: des rampes de lavage, des détecteurs de métaux et surtout les très populaires dragues aspiratrices, flottantes et motorisées, qui aspirent les alluvions pour les déposer sur des rampes de lavage. Avec ces dragues aspirantes (qui coûtent entre 3.500 et 10.000 dollars en fonction de la taille), les chercheurs d’or peuvent espérer transformer leur hobby en loisir lucratif, voire en occupation principale. « Avec l’une de ces machines je peux collecter en un jour, sur la rivière Klamath, l’équivalent de 4.000 dollars en or», prétend Mike Dunn, qui assure avoir récolté au cours des années pas loin de 18 kilos d’or. L’ouverture de sa boutique a représenté un investissement de 100.000 dollars financé en partie par la vente de pépites. Preuve de l’engouement soudain pour l’orpaillage, les fournisseurs d’équipements ont du mal à répondre à l’augmentation de la demande. Keene Engineering, l’un des deux plus gros fabricants de dragues aspirantes aux Etats-Unis, basé à Chatsworth en Californie du Sud, a même été contraint d’afficher un mot d’excuse sur la page d’accueil de son site Internet. « Du fait de l’envolée des prix de l’or, qui a atteint presque 1.000 dollars par once, la demande pour nos produits a grandement augmenté. Il s’agit certes d’une bonne nouvelle, mais cela signifie également que nous avons pris du retard dans la production de nos machines», explique Mark Keene, son vice président. La rançon du succès ? Les délais de livraison peuvent atteindre deux mois. Selon Mike Dunn, outre la nécessité d’avoir un équipement approprié, l’orpaillage nécessite un minimum de connaissance et beaucoup d’entraînement. Il faut bien évaluer les placers, et il est essentiel, pour trouver le bon filon, d’avoir quelques connaissances en hydrologie et sédimentologie afin de comprendre comment l’or se déplace. « S’il est rare aujourd’hui que je rentre bredouille de la rivière ? mon taux de succès est de 80% ?, je souhaite cependant mettre en garde les débutants: trouver de l’or est quelque chose de très difficile, même si quelquefois on peut avoir de la chance et trouver une pépite du premier coup. J’ai mis, pour ma part, environ dix ans à comprendre comment maximiser mes chances », prévient Mike Dunn. «Vingt-cinq pour cent de nos membres ont investi dans des dragues aspiratrices », confirme Dan McCracken, le président du club des New 49ers. Les chercheurs d’or des temps modernes bénéficient d’un avantage technologique énorme par rapport à leurs ancêtres qui devaient se contenter de simples batées et tamis. Ils ne pouvaient pas explorer les fonds des rivières. « Si vous passez d’une simple batée à une rampe de lavage, vous pourrez récolter cinquante fois plus d’or. Et lorsque vous troquez votre rampe de lavage pour une drague aspiratrice, vous augmenterez votre récolte d’encore 10%. Mais, vu la flambée du prix de l’or, même avec une simple batée on peut presque gagner sa vie », assure-t-il. «Chercher et trouver de l’or est beaucoup plus difficile que ce que l’on pourrait croire », relativise Ed Ozga. À la tête d’United Prospectors, un club de chercheurs d’or de la région de San Francisco, Ed Ozga perd 15 kilos chaque été en enchaînant les week-ends d’orpaillage. «C’est une activité très physique et assez dangereuse puisqu’il faut constamment soulever de grosses pierres ». Le directeur de l’association des chercheurs d’or d’Amérique, Ken Rucker, rappelle que, pendant la première ruée vers l’or, rares furent les 49ers à faire fortune : « Pour chaque success story on recensait un millier d’échecs. C’est un peu comme au casino». « La nouvelle ruée vers l’or n’est pas qu’une folie passagère, pour la simple et bonne raison que le prix de l’or a augmenté de 300% depuis 2001. C’est un phénomène qui justifie à lui seul le regain d’intérêt pour l’orpaillage », analyse Robert Bishop, ancien rédacteur du Gold Mining Stock Report, analyste réputé dans l’industrie, basé à Lafayette à l’est de San Francisco.« Mais, comme ce fût le cas lors de la première ruée vers l’or, les fournisseurs d’équipement seront sans doute les seuls à vraiment s’enrichir ». Selon lui, l’enthousiasme pour la « relique barbare » devrait perdurer plusieurs mois, voire plusieurs années. « Tant que le dollar sera bas, la valeur de l’or continuera de monter, et le nombre d’orpailleurs augmentera », prédit-il. Dave McCracken avoue être presque effrayé par l’idée d’une ruée vers la Californie de chercheurs assoiffés d’or…. |
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